"La contestation en 1870", et l’écueil de reconstituer un cheminement logique par rapport à un événement.
Puisque la Commune de Paris de 1871 tient une place particulière dans la mémoire (et est perçue comme étant volontaire), on suit un cheminement de protestations antérieures qui aboutiraient à ce point.
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L'Empire Libéral
Il faut d'abord démêler le terme "libéral", qui veut dire tellement de choses différentes qu'il n'a aucune intégrité.
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1/ Il y a eu des lois de libéralisme économique au début
des années 1860.
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2/ Ensuite, il y a eu un libéralisme vis à vis de la liberté
d'expression.
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1/ Libéralisme économique : laissez-faire économique et sacralité
de la propriété individuelle.
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2/ Libéralisme tendant vers la liberté d'expression : surtout
lorsqu'ils sont dans l'opposition pour la plupart.
Les deux n'ont strictement rien à voir, bien que l'arnaque consiste à les associer.
L'éthique est la grande escroquerie des libéraux économiques, obligés de draper leur système de morale, le laissez-faire économique n'étant crédible que si tout le monde se comporte correctement, ce qui n'arrive jamais, provoque des crises terribles sans que le système n'en soit altéré.
Par
ailleurs, l'idée que chacun soit libre de gérer sa propriété
comme il l'entend s'effondre en Algérie. Voir Beaumont dans les
années 1840 par exemple, ceux qui vivent en propriété collective
ne sont finalement plus vraiment libres de vivre comme ils
l'entendent.
En
France, la propriété individuelle a tellement dominé l'espace que nous ne pouvons plus nous en rendre compte.
(je n'ai pas le coeur d'aborder toutes les aberrations de la page wikipedia "empire libéral", mais il faut bien faire attention vis-à-vis de Thiers, qui est souvent présenté comme le partisan de la liberté de la presse à cause de 1830 et des années 60, lorsqu'il était dans l'opposition : Adolphe Thiers est l'auteur des lois de septembre 1835, lois de censure terribles qui ont duré plus de 12 ans. Douze ans.
_ fin du préambule.
Les
lois de septembre 1835 sont d'ailleurs utiles pour comprendre une
part de ce que j'exprime à propos de 69-70.
Le
Thiers de la monarchie de Juillet est méconnu. Les lois de censure
n'y sont pas étrangères puisqu'il n'était plus possible de parler
librement de la politique du gouvernement. Comme l'Histoire se fait
principalement par l'écrit, il y a peu d'écrits critiques sur cette
période. (Thiers président du Conseil en 1836 et 1840)
A contrario, les lois desserrant l'étau à la fin des années 1860 amènent forcément davantage de matière critique, puisqu'il devient possible de le faire (quand bien même restreint, sous peine de condamnations etc).
Bien entendu, permettre la critique n'enlève rien au fait que la critique puisse exister et être pertinente. Mais il faut rester vigilants.
Pour
en revenir à la première définition, ce sont surtout les lois de
libéralisme économique qui ont généré du mécontentement en
France (notamment chez les paysans).
Le
2/ a mécontenté les autoritaires.
(et
3/) Prendre aussi en compte les "libéralités" envers le
droit de grève en 1864 (très peu, mais beaucoup² trop pour Thiers et consorts), qui ont provoqué
un grand mécontentement chez une frange conservatrice.
Le plébiscite (référendum) de mai 1870.
Ce
plébiscite a mécontenté la plupart des camps, puisqu'il entérine
deux choses un peu opposées : pérennité de l'empire et desserrage
d'étau. Des partisans du premier sont hostiles au second et vice
versa.
Mais
il faut bien réaliser qu'au bout du compte, les mécontents qui vont
précipiter la chute de l'empire sont les partisans d'un empire
autoritaire, puisque c'est la guerre qui a mis fin à l'empire, et
que ce sont eux qui ont poussé pour la déclarer (probablement avec
l'intention qu'elle favorise d'un durcissement).
La
guerre a mis soudainement fin à l'empire. Les socialistes étaient
contre la guerre (quand bien mêmes hostiles à l'empire).
L'intention de concevoir l'Histoire en créant ce fil n'est pas malveillante. Mais le résultat est trompeur de plusieurs façons:
1/ c'est enlever la responsabilité, la stupidité de ceux qui ont poussé pour la guerre.
2/c'est une logique qui conçoit le 18 mars 1871 comme une insurrection. La fin de ce fil (qui en est à l'origine) est erronée.
Une
sorte de climax de cette façon d'aborder se trouve dans la
considération des agressions subies par les Parisiens début mars
1871 (loyers, condamnations relatives au 31 octobre, polémique sur
le statut de capitale, translation de l'assemblée à
Versailles, etc) comme éléments d'une colère grandissante aboutissant
au 18 mars.
Ces
actions réelles témoignent à 100% de l'état d'esprit du
gouvernement. En faire le point de départ d'une colère aboutissant
à une insurrection a la tête à l'envers. Qu'elles aient été en partie destinées à exciter est cependant envisageable.
Prendre
la mesure de l'état du peuple parisien après le siège terrible
qu'il vient de subir pendant l'hiver. Respecter un tant soit peu cela
en le prenant en compte.
Même
les versaillais ont du admettre qu'il n'y avait aucune préparation
d'insurrection aux alentours du 18 mars.
Le
peuple était exsangue du siège. Cela ajoute de l’infamie au crime
de Thiers.
En relation aux sépultures du Père-Lachaise, ce fil est généralement abordé avec l'assassinat de Victor Noir.
(note au cas où. Je n'ai aucune sympathie pour le second empire, on peut trouver mille sortes de contre-exemples, procès envers des journaux, les procès de l'Internationale, etc. Mon intention ici est de remettre en question une façon de reconstituer le fil des événements)